
Sommaire de l’article : “Résistance aux insecticides : comment la détecter et adapter sa stratégie de traitement”
- Qu’est-ce que la résistance aux insecticides ?
- Les quatre grands mécanismes de résistance aux insecticides
- Quels nuisibles sont concernés en hygiène publique ?
- Détecter la résistance aux insecticides sur le terrain : les signaux d’alerte
- La classification IRAC : comprendre les modes d’action
- 5 stratégies pouvant vous aider
- Construire un programme anti-résistance en 5 étapes
- FAQ – Questions fréquentes sur la résistance aux insecticides
- Conclusion
Vous appliquez le même protocole qu’il y a deux ans, avec le même produit, aux mêmes doses et pourtant, les résultats ne sont plus au rendez-vous. Les blattes reviennent après chaque passage. Les punaises de lit survivent au traitement. Les mites alimentaires persistent malgré des pulvérisations régulières. Si ce scénario vous est familier, il y a de fortes chances que vous soyez confronté à un phénomène de résistance aux insecticides.
Loin d’être un problème marginal, la résistance est aujourd’hui l’un des défis majeurs de la profession 3D. Elle touche la quasi-totalité des nuisibles rencontrés sur le terrain : punaises de lit, blattes germaniques, moustiques, insectes des denrées stockées. La bonne nouvelle, c’est qu’il existe des stratégies éprouvées pour la détecter, la contourner et la prévenir. Encore faut-il les connaître et les appliquer.
Cet article fait le point sur les mécanismes de la résistance, les signaux d’alerte sur le terrain, et surtout les solutions concrètes pour adapter votre stratégie, en s’appuyant sur les produits disponibles dans le catalogue Lodi Hygiène.
Qu’est-ce que la résistance aux insecticides ?

La résistance aux insecticides est la capacité héréditaire d’une population d’insectes à survivre à des doses d’un produit qui seraient normalement létales pour des individus de la même espèce.
Ce n’est pas un phénomène individuel mais populationnel : il résulte d’une pression de sélection exercée par l’utilisation répétée d’une même substance active ou d’un même mode d’action.

Le mécanisme est darwinien dans sa simplicité : au sein d’une population d’insectes, certains individus portent naturellement des mutations génétiques qui leur confèrent une tolérance accrue à un insecticide donné.
Lorsque le traitement est appliqué, les individus sensibles meurent, mais les porteurs de la mutation survivent et se reproduisent.
Au fil des générations, qui peuvent être très courtes chez certains nuisibles (3 semaines pour une punaise de lit, 30 jours pour une mite alimentaire), la proportion d’individus résistants augmente dans la population, jusqu’à ce que le traitement devienne inefficace.
Ce processus est irréversible à court terme : une fois qu’une population a acquis une résistance, celle-ci ne disparaît pas simplement parce qu’on arrête d’utiliser le produit concerné. Les gènes de résistance restent dans le patrimoine génétique de la population pendant de nombreuses générations.
Les quatre grands mécanismes de résistance aux insecticides
La recherche en entomologie a identifié quatre mécanismes principaux par lesquels les insectes développent une résistance.
Comprendre ces mécanismes est essentiel pour le technicien 3D, car chacun implique une stratégie de contournement différente.
1. La résistance par modification de la cible (résistance kdr)
C’est le mécanisme le plus documenté et le plus problématique pour les professionnels de la désinsectisation.
Une mutation ponctuelle modifie la structure de la protéine ciblée par l’insecticide, réduisant ou annulant sa capacité à s’y fixer.
L’exemple emblématique est la mutation kdr (knockdown resistance) :
- Les pyréthrinoïdes et le DDT agissent en se fixant sur les canaux sodium voltage-dépendants du système nerveux de l’insecte, provoquant une paralysie.
- La mutation kdr modifie la structure de ces canaux, empêchant l’insecticide de s’y fixer correctement.
- Résultat : l’insecte exposé ne présente plus l’effet « knockdown » (chute immédiate) caractéristique des pyréthrinoïdes.

Cette résistance est croisée : un insecte porteur de la mutation kdr résiste à l’ensemble des pyréthrinoïdes (deltaméthrine, cyperméthrine, perméthrine, lambda-cyhalothrine…), pas seulement à celui qui a exercé la pression de sélection.
C’est pourquoi changer de marque commerciale tout en restant dans la même famille chimique ne résout rien.
De la même manière, une modification de l’acétylcholinestérase peut conférer une résistance aux organophosphorés et aux carbamates.
2. La résistance métabolique (détoxication)
L’insecte produit en quantité accrue des enzymes capables de dégrader l’insecticide avant qu’il n’atteigne sa cible. Trois familles d’enzymes sont principalement impliquées : les cytochromes P450 (monooxygénases), les glutathion S-transférases (GST) et les estérases.
Ce type de résistance est particulièrement redoutable car il peut conférer une résistance à plusieurs familles chimiques différentes (résistance croisée métabolique).
Un insecte dont les P450 sont surexprimés peut métaboliser aussi bien des pyréthrinoïdes que des néonicotinoïdes ou des organophosphorés.
3. La résistance cuticulaire (réduction de la pénétration)
L’insecte développe une cuticule plus épaisse ou de composition modifiée, qui ralentit la pénétration de l’insecticide à travers son exosquelette. Si la cinétique de pénétration est suffisamment lente, les systèmes de détoxication internes ont le temps de dégrader la molécule avant qu’elle n’atteigne sa cible en concentration létale.
Ce mécanisme a été particulièrement étudié chez les punaises de lit, dont les chercheurs ont montré que la majorité des gènes de résistance aux pyréthrinoïdes sont actifs dans la cuticule externe, une adaptation unique par rapport aux autres insectes.
4. La résistance comportementale
L’insecte modifie son comportement pour éviter le contact avec l’insecticide : changement de lieu de repos, évitement des surfaces traitées, modification des heures d’activité. Bien que ce mécanisme soit moins bien documenté que les précédents, il a été observé chez les blattes, les moustiques et les punaises de lit.

En pratique, la plupart des populations résistantes combinent plusieurs mécanismes (résistance multiple), ce qui rend leur gestion d’autant plus complexe.
Un tribolium résistant à la phosphine pourra par exemple cumuler une modification de la cible et une détoxication métabolique accrue.
Quels nuisibles sont concernés en hygiène publique ?
La résistance aux insecticides n’est pas un problème théorique : elle concerne directement les espèces que le technicien 3D rencontre quotidiennement.
Punaises de lit (Cimex lectularius)

C’est probablement le cas le plus critique en France aujourd’hui.
Des études ont confirmé que la quasi-totalité des souches de punaises de lit circulant en Île-de-France sont homozygotes pour la mutation kdr, avec des niveaux de résistance aux pyréthrinoïdes pouvant atteindre un facteur de près de 20 000 par rapport aux souches sensibles.
Concrètement, cela signifie qu’un traitement exclusivement basé sur les pyréthrinoïdes a de très fortes chances d’échouer.
Blattes germaniques (Blattella germanica)
La blatte germanique a développé des résistances documentées aux pyréthrinoïdes, aux carbamates et à certains organophosphorés.
Sa capacité à développer une résistance croisée à plusieurs familles chimiques simultanément en fait l’un des nuisibles les plus difficiles à gérer en milieu urbain.
Les professionnels se tournent de plus en plus vers les gels insecticides à base de molécules de nouvelle génération et les régulateurs de croissance (IGR).

Insectes des denrées stockées

Les triboliums (Tribolium castaneum, T. confusum), les charançons (Sitophilus granarius, S. oryzae) et les silvains (Oryzaephilus surinamensis) figurent parmi les premières espèces chez lesquelles des résistances aux insecticides ont été documentées.
Des résistances aux pyréthrinoïdes, aux organophosphorés et même à la phosphine (PH3) ont été identifiées dans plusieurs populations mondiales.
Le charançon, comme le souligne Lodi Hygiène, présente une résistance exceptionnelle à certaines méthodes de lutte traditionnelles.
Moustiques (Aedes, Cudex, Anopheles)
Dans le sud de la France, les moustiques urbains (Aedes albopictus) ont montré des niveaux élevés de résistance à la deltaméthrine, compliquant les campagnes de démoustication.
Les mutations kdr et des mécanismes de résistance métabolique ont été identifiés chez plusieurs espèces.

Détecter la résistance aux insecticides sur le terrain : les signaux d’alerte
Le technicien 3D n’a pas accès à un laboratoire de biologie moléculaire pour séquencer le gène kdr de chaque insecte rencontré. Mais il dispose de signaux pratiques qui doivent l’alerter.
Les indices qui doivent vous faire suspecter une résistance
Absence d’effet knockdown
- Vous pulvérisez un pyréthrinoïde et les insectes ne montrent pas l’effet de « chute » caractéristique dans les minutes qui suivent.
- Ils continuent à se déplacer normalement sur les surfaces traitées. C’est le signal le plus direct d’une résistance kdr.
Récidive rapide après traitement
- L’infestation revient dans un délai anormalement court (moins de 2 semaines) malgré une application correcte, aux bonnes doses, avec un produit non périmé.
- Si les conditions d’hygiène et d’étanchéité sont correctes, la résistance est l’hypothèse la plus probable.
Efficacité décroissante au fil des passages
- Le même protocole fonctionnait bien il y a 6 mois ou un an, mais son efficacité diminue progressivement malgré des conditions d’application identiques.
- C’est le signe d’une sélection progressive de la population résistante.
Incohérence entre les espèces
- Sur un même site, votre traitement fonctionne parfaitement sur certaines espèces mais pas sur d’autres.
- Cela peut indiquer que l’espèce non répondante a développé une résistance spécifique.
Captures élevées malgré les traitements
- Le monitoring par pièges à phéromones continue à montrer des captures élevées ou en augmentation après un traitement qui aurait dû réduire significativement la population.
Le rôle du monitoring dans la détection précoce
C’est ici que le monitoring prend toute sa valeur. Un réseau de pièges à phéromones correctement déployé et relevé régulièrement permet de quantifier objectivement l’efficacité d’un traitement et de détecter une perte d’efficacité bien avant qu’elle ne devienne évidente à l’œil nu.
Le Trécé® Storgard Plodia Ephestia pour les mites alimentaires et le Trécé® Dôme Tribolium Silvain Charançon pour les coléoptères permettent de suivre l’évolution des captures semaine après semaine.
Une courbe qui ne baisse pas ou qui remonte après un traitement est un signal d’alarme.


Pour les grands volumes, le Plodia Piège à entonnoir complet, rechargeable avec les capsules de phéromone dédiées et les bandes engluées, offre un suivi continu des populations de lépidoptères dans les entrepôts et sites de production.
La classification IRAC : comprendre les modes d’action

L’IRAC (Insecticide Resistance Action Committee) est un organisme international qui classe les insecticides selon leur mode d’action (MoA). Cette classification est l’outil de référence pour organiser la rotation des substances actives et prévenir l’apparition de résistances.
Le principe est simple : deux insecticides appartenant au même groupe IRAC agissent sur la même cible biologique. Un insecte résistant à l’un sera très probablement résistant à l’autre (résistance croisée). Alterner des produits du même groupe ne constitue pas une rotation efficace.
Voici les principaux groupes IRAC rencontrés en hygiène publique et en protection des denrées stockées :
Groupe 3A – Pyréthrinoïdes
- Pyréthrinoïdes : deltaméthrine, cyperméthrine, perméthrine, lambda-cyhalothrine…
- Cible : canaux sodium.
C’est la famille la plus utilisée en 3D, mais aussi celle pour laquelle les résistances sont les plus répandues (mutation kdr).
Groupe 3B – Pyréthrines naturelles
- Pyréthrines naturelles : pyréthrine I et II, extraites du pyrèthre de Dalmatie.
- Cible : Même cible que les pyréthrinoïdes de synthèse (canaux sodium), mais avec un profil pharmacocinétique différent (dégradation rapide, pas de rémanence).
Les produits comme le PHOBI Pyrethrum NG et l’ENVU AQUAPY® en font partie.
Groupe 4 – Néonicotinoïdes
- Néonicotinoïdes : imidaclopride, clothianidine, thiaméthoxame…
- Cible : récepteurs nicotiniques de l’acétylcholine.
- Mode d’action différent des pyréthrinoïdes, donc pas de résistance croisée kdr.
Groupe 7 – Analogues de l’hormone juvénile (IGR)
- Analogues de l’hormone juvénile (IGR) : pyriproxyfène, méthoprène…
- Cible : développement et métamorphose.
Ces régulateurs de croissance empêchent les larves de devenir adultes.
Groupe 8B – Phosphine
- Phosphine : hydrogène phosphoré (PH3).
- Cible : inhibition de la cytochrome c oxydase (chaîne respiratoire mitochondriale).
Utilisée en fumigation sur les denrées stockées, la phosphine agit par un mécanisme totalement différent des insecticides de contact. Des résistances existent néanmoins chez certaines populations de coléoptères des denrées stockées.
Groupe UN – Mécanismes physiques
- Mécanismes physiques : terre de diatomée, dioxyde de silicium.
- Mode d’action par dessiccation de la cuticule, sans aucune cible biochimique spécifique.
- Aucune résistance génétique n’est possible contre ce mode d’action, car il n’implique aucune interaction moléculaire cible-ligand.
Stratégie n°1 : La rotation des substances actives
La rotation consiste à alterner des insecticides appartenant à des groupes IRAC différents au fil des interventions.
L’objectif : empêcher la pression de sélection de s’exercer de manière continue sur un même mécanisme de résistance.
Les règles d’une rotation efficace
Alterner les groupes IRAC, pas les marques commerciales
Passer de la deltaméthrine (groupe 3A) à la cyperméthrine (groupe 3A) n’est pas une rotation : c’est le même mode d’action.
En revanche, alterner un pyréthrinoïde (3A) avec un insecticide à base de pyréthrine naturelle (3B) puis un produit à action physique (UN) constitue une véritable rotation à trois modes d’action.
Planifier la rotation dans le temps
Ne pas attendre qu’un produit devienne inefficace pour changer.
Intégrer la rotation dès la conception du programme de lutte, en planifiant les alternances par trimestre ou par saison.
Documenter chaque traitement
Noter systématiquement la substance active utilisée, son groupe IRAC, la date et les résultats du monitoring.
Cette traçabilité permet d’identifier les tendances et de détecter les premiers signes de perte d’efficacité.
Exemple de rotation avec les produits Lodi Hygiène en denrées stockées
- Passage 1 : PHOBI Pyrethrum NG (pyréthrine naturelle – groupe IRAC 3B) pour un traitement rapide des locaux.
- Passage 2 : PHOBI Fenox EC+ (concentré émulsionnable – mode d’action chimique différent) pour un traitement rémanent des surfaces.
- Passage 3 : Forcegrain MN (poudre minérale – groupe IRAC UN, action physique) pour une protection de longue durée sans risque de résistance.
- Traitement complémentaire : ENVU Harmonix® InsPyr (insecticide polyvalent pour la lutte alternative).
Stratégie n°2 : Intégrer des méthodes à action physique
Les insecticides à action physico-mécanique sont insensibles à tout mécanisme de résistance génétique, car ils n’agissent pas sur une cible biochimique spécifique.
Leur mode d’action (abrasion et dessiccation de la cuticule) ne peut pas être contourné par une mutation ponctuelle, une surexpression enzymatique ou un épaississement cuticulaire.
Le Forcegrain MN est une poudre minérale à base de dioxyde de silicium conçue pour la protection des denrées stockées. Appliquée sur les grains ou les surfaces de stockage, elle provoque la perte des lipides cuticulaires des insectes, entraînant leur mort par déshydratation.

Ce produit offre plusieurs avantages dans une stratégie anti-résistance :
- Aucune résistance connue à ce jour malgré des décennies d’utilisation.
- Effet barrière immédiat et protection de longue durée.
- Utilisable en préventif comme en curatif.
- Compatible avec les programmes de réduction des traitements chimiques.
- Disponible en conditionnements professionnels de 5kg et 25kg.
L’intégration systématique d’un produit à action physique dans le programme de lutte permet de « casser » les cycles de sélection exercés par les insecticides chimiques et de maintenir une pression létale constante sur les populations, indépendamment de leur profil de résistance.
Stratégie n°3 : Le monitoring pour piloter la lutte
Le monitoring par pièges à phéromones n’est pas seulement un outil de détection : c’est un instrument de pilotage de la stratégie de lutte.
Dans le contexte de la résistance, il remplit trois fonctions essentielles :
1. Évaluer l’efficacité d’un traitement en temps réel
Un relevé hebdomadaire des captures permet de mesurer objectivement l’impact d’un traitement sur la population cible. Si les captures ne diminuent pas dans les 2 à 4 semaines suivant le traitement, c’est un indicateur probable de résistance ou d’application insuffisante.
2. Identifier les espèces présentes
Les pièges spécifiques permettent de distinguer les lépidoptères (mites Plodia et Ephestia) des coléoptères (triboliums, charançons, silvains). Cette identification est indispensable pour choisir la bonne stratégie de traitement, car les profils de résistance varient d’une espèce à l’autre.
3. Suivre l’évolution à long terme
L’historique des captures, documenté sur plusieurs mois ou années, permet de détecter des tendances : augmentation progressive malgré les traitements (résistance émergente), pics saisonniers récurrents, ou efficacité différentielle selon les zones du site.
Le catalogue Lodi Hygiène offre une gamme complète de pièges pour chaque cible :
- Trécé® Storgard Plodia Ephestia : Lépidoptères des denrées stockées (mites alimentaires).
- Trécé® Dôme Tribolium Silvain Charançon : Coléoptères des denrées stockées.
- Plodia Piège à entonnoir complet : Grands volumes (entrepôts, silos).
- Capsules de phéromone Trécé® : Recharges pour tous les systèmes.
Stratégie n°4 : La confusion sexuelle, une arme sans résistance
La confusion sexuelle par diffusion de phéromones est l’un des rares outils de lutte biologique pour lequel aucun mécanisme de résistance n’a jamais été documenté.
La raison est simple : les phéromones sexuelles sont des signaux chimiques produits par les insectes eux-mêmes pour communiquer entre sexes.
Un insecte ne peut pas « résister » à ses propres phéromones sans perdre sa capacité à se reproduire, ce qui serait un inconvénient évolutif fatal.
Le Dismate PE exploite ce principe en saturant l’atmosphère des entrepôts et locaux de stockage avec des phéromones sexuelles de synthèse ciblant les mites Plodia et Ephestia.
Les mâles, désorientés, ne parviennent plus à localiser les femelles. La reproduction est interrompue à la source, ce qui réduit drastiquement la population larvaire, le stade responsable des dégâts sur les denrées.
Dans une stratégie anti-résistance, la confusion sexuelle est le complément idéal des traitements chimiques :
- Elle agit sur un levier totalement différent (comportement reproducteur vs toxicité directe).
- Elle réduit la population sans exercer de pression de sélection chimique.
- Elle est compatible avec tous les référentiels qualité (IFS, BRC, HACCP) grâce à l’absence de résidus.
- Son système de codage couleur (Jaune, Rouge, Vert, Bleu) facilite le suivi et le renouvellement.
Stratégie n°5 : La fumigation comme traitement de rupture
Lorsque le monitoring révèle une infestation massive et que les traitements de surface s’avèrent insuffisants (potentiellement en raison de résistances) la fumigation à la phosphine constitue un traitement de rupture capable d’éliminer tous les stades de développement (œufs, larves, nymphes, adultes), y compris les individus cachés au cœur des masses de grain.

La phosphine (PH3) agit par un mécanisme totalement différent des insecticides de contact : elle inhibe la cytochrome c oxydase dans la chaîne respiratoire mitochondriale.
Ce mode d’action distinct en fait un outil de première importance dans la rotation, même si des résistances à la phosphine ont été documentées dans certaines populations de coléoptères au niveau mondial.
Pour limiter ce risque, il est essentiel de respecter les concentrations et les durées d’exposition recommandées, une fumigation sous-dosée ou trop courte sélectionne les individus tolérants.
Les solutions de fumigation disponibles chez Lodi Hygiène :
- PHOSTOXIN® Tablet (Usage Phyto) : Fumigation des locaux et produits récoltés.
- PHOSTOXIN® Bag et Bag Blanket : Traitement des lots sous bâche.
- DEGESCH Plate et Strip : Disponibles en usage biocide (locaux vides) et en usage phyto (sur denrées).
Rappel réglementaire : la fumigation à la phosphine est une opération strictement professionnelle, soumise à des protocoles de sécurité rigoureux. Selon l’usage (biocide ou phyto), le certificat requis est le Certibiocide nuisibles ou le Certiphyto.
Construire un programme anti-résistance en 5 étapes
Voici le schéma opérationnel pour intégrer la gestion de la résistance dans votre pratique quotidienne.
Étape 1 : Diagnostiquer avant de traiter
Identifier les espèces présentes, estimer le niveau d’infestation via le monitoring, et documenter l’historique des traitements sur le site. Si des traitements précédents ont échoué, noter les substances actives utilisées et leurs groupes IRAC.
Étape 2 : Choisir un premier traitement en tenant compte de l’historique
Si le site a été traité exclusivement aux pyréthrinoïdes pendant des mois ou des années, démarrer avec un mode d’action différent : insecticide d’origine végétale (PHOBI Pyrethrum NG), produit à action physique (Forcegrain MN), ou combinaison des deux.
Étape 3 : Mettre en place le monitoring et la confusion sexuelle en parallèle
Déployer les pièges à phéromones (Trécé® Storgard, Trécé® Dôme) et les diffuseurs de confusion sexuelle (Dismate PE) dès le premier passage. Le monitoring fournira la mesure objective de l’efficacité, et la confusion sexuelle exercera une pression complémentaire sans sélection chimique.
Étape 4 : Évaluer et ajuster à chaque passage
Relever les pièges, comparer les captures avant et après traitement, et ajuster la stratégie en conséquence. Si les captures ne baissent pas suffisamment, envisager une fumigation de rupture ou un changement de mode d’action.
Étape 5 : Planifier la rotation sur le long terme
Établir un calendrier de rotation sur 12 mois, en alternant au minimum 2 à 3 modes d’action différents. Intégrer au moins un traitement physique par cycle pour « nettoyer » la pression de sélection.

FAQ – Questions fréquentes sur la résistance aux insecticides
Un insecte peut-il devenir résistant à tous les insecticides ?
En théorie, une population peut accumuler plusieurs mécanismes de résistance (résistance multiple), ce qui réduit le nombre de molécules efficaces. En pratique, les insecticides à action physique (terre de diatomée, dioxyde de silicium) restent efficaces car aucune mutation ne peut contourner un mécanisme purement mécanique. C’est pourquoi le Forcegrain MN est un pilier des stratégies anti-résistance.
Changer de marque commerciale suffit-il à contourner la résistance ?
Non. Si les deux produits contiennent des substances actives du même groupe IRAC (par exemple deux pyréthrinoïdes différents), la résistance croisée s’applique. Il faut changer de mode d’action, pas de marque.
La résistance disparaît-elle quand on arrête d’utiliser un produit ?
Pas immédiatement. Les gènes de résistance peuvent persister dans la population pendant de nombreuses générations, surtout si la résistance n’a pas de coût biologique significatif pour l’insecte. En pratique, il faut compter plusieurs années sans pression de sélection pour observer une diminution de la fréquence des allèles résistants et encore, sans garantie.
La confusion sexuelle peut-elle générer de la résistance ?
Aucun cas de résistance à la confusion sexuelle par phéromones n’a été documenté dans la littérature scientifique. Un insecte ne peut pas « résister » à ses propres signaux chimiques de communication sexuelle sans perdre sa capacité à se reproduire. C’est ce qui fait du Dismate PE un outil durablement efficace.
Comment savoir si un échec de traitement est dû à la résistance ou à une mauvaise application ?
Avant de conclure à la résistance, vérifiez les fondamentaux : le produit est-il périmé ? Les doses sont-elles respectées ? Les surfaces cibles ont-elles été correctement atteintes ? Si toutes ces conditions sont remplies et que le traitement échoue quand même, la résistance est l’hypothèse la plus probable. Le monitoring par pièges à phéromones permet de trancher objectivement.
Où trouver la classification IRAC d’un produit ?
La classification IRAC est disponible sur le site officiel de l’IRAC (irac-online.org) et via leur application mobile gratuite. Elle est également mentionnée sur les fiches techniques de la plupart des fabricants de produits biocides et phytopharmaceutiques.
Conclusion
La résistance aux insecticides n’est pas une fatalité : c’est le résultat prévisible d’une utilisation mono-mode trop prolongée.
Le technicien 3D qui diversifie ses modes d’action, s’appuie sur le monitoring pour piloter ses interventions, et intègre des méthodes sans résistance possible (action physique, confusion sexuelle) dans ses programmes de lutte dispose de tous les leviers nécessaires pour maintenir une efficacité durable, même face aux populations les plus coriaces.
Le catalogue Lodi Hygiène est structuré pour permettre cette diversification : insecticides d’origine végétale (PHOBI Pyrethrum NG), concentrés chimiques (PHOBI Fenox EC+), insecticides à action physique (Forcegrain MN), monitoring à phéromones (Trécé® Storgard, Trécé® Dôme), confusion sexuelle (Dismate PE), fumigation (PHOSTOXIN®)… De quoi construire un programme complet, conforme, et résilient face aux résistances.


