
Sommaire de l’article “Reconnaître les blattes” :
- Pourquoi l’identification d’espèce est non négociable en milieu pro
- Les quatre espèces à connaître pour intervenir en France
- Indices indirects : reconnaître l’espèce sans la voir
- Adaptation du protocole d’intervention par espèce
- Méthodes complémentaires en milieu professionnel
- Sécurité et réglementation
En restauration collective, en agroalimentaire ou en milieu hospitalier, l’identification correcte de l’espèce de blatte change radicalement la stratégie d’intervention.
Les comportements, les zones de refuge, la sensibilité aux substances actives et même la résistance acquise diffèrent entre Blattella germanica, Blatta orientalis, Periplaneta americana et Supella longipalpa. Confondre ces espèces, c’est traiter le mauvais endroit avec le mauvais produit — et expliquer au client pourquoi l’infestation persiste après trois passages.

Pourquoi l’identification d’espèce est non négociable en milieu pro
Statistiquement, environ 70 % des infestations urbaines sont causées par la blatte germanique, suivie par la blatte orientale (5 à 10 %) et la blatte américaine sur des contextes spécifiques. Mais ces moyennes masquent des réalités très différentes selon le type d’établissement :
- Restauration collective : blatte germanique en cuisine, blatte orientale en sous-sols et caves
- IAA chaude et humide (boulangerie industrielle, brasserie) : germanique + américaine
- Hôpitaux et EHPAD : germanique en zones chaudes, orientale en techniques
- Centres commerciaux : germanique en restauration, américaine dans les réseaux d’égouts
Sur un même site, deux espèces peuvent coexister dans des zones différentes, ce qui impose des protocoles segmentés.
Les quatre espèces à connaître pour intervenir en France
Blatte germanique (Blattella germanica)
L’espèce dominante en intérieur chauffé. Petite, rapide, prolifique, c’est la blatte qui infeste les cuisines de restauration collective et les locaux alimentaires.

Régime : omnivore, forte appétence pour les amidons et les sucres
Taille adulte : 12 à 16 mm
Couleur : brun clair à beige, deux bandes longitudinales foncées sur le pronotum (signature visuelle)
Ailes : présentes, mais elle ne vole pratiquement pas
Vit : 4 à 6 mois
Reproduction : oothèque portée par la femelle jusqu’à l’éclosion (différence majeure avec les autres espèces). 4 à 8 oothèques de 30 à 40 œufs chacune
Cycle complet : 6 à 12 semaines à 28-30 °C
Habitat : zones chaudes (> 21 °C) et humides, en hauteur (derrière l’électroménager, dans les moteurs de chambres froides, gaines techniques, faux plafonds)
Blatte orientale (Blatta orientalis)
Plus grosse, plus lente, plus discrète. Présente sur les sites avec des espaces enterrés, souvent dans des bâtiments anciens.

Taille adulte : 22 à 30 mm
Couleur : brun foncé à noir, aspect brillant
Ailes : courtes chez le mâle, atrophiées chez la femelle, incapable de voler
Vit : 6 à 12 mois
Reproduction : oothèque déposée dans l’environnement (pas portée), environ 16 œufs par oothèque
Cycle complet : 6 à 12 mois selon la température
Habitat : zones fraîches (15-25 °C) et humides, au sol (caves, sous-sols, vides sanitaires, canalisations, abords d’évacuations)
Régime : préfère les matières en décomposition
Blatte américaine (Periplaneta americana)
La plus grande des trois espèces. Très présente dans les réseaux techniques, les égouts et les sites tropicaux ou industriels chauds.

Taille adulte : 35 à 50 mm
Couleur : brun rougeâtre, motif jaune en forme de huit sur le pronotum
Ailes : pleinement développées, vol possible sur courtes distances
Vit : 1 à 2 ans
Reproduction : oothèque déposée, environ 14 à 16 œufs par oothèque
Cycle complet : 6 à 12 mois
Habitat : zones chaudes et humides (> 25 °C), souvent en hauteur ou en réseau (égouts, caves chauffées, sites industriels, serres, zoos)
Régime : omnivore opportuniste
Blatte rayée ou à bandes brunes (Supella longipalpa)
Espèce plus rare en France mais en progression, à connaître pour les sites où la blatte germanique « ne réagit pas comme prévu.

Taille adulte : 10 à 14 mm
Couleur : brun avec deux bandes claires transversales sur les ailes (différence-clé avec la germanique)
Habitat : zones chaudes mais sèches (au-dessus des frigos, plafonds, appareils électroniques chauds)
Particularité : tolère mieux la sécheresse que la germanique, ce qui change le maillage des gels
Tableau récapitulatif
| Critère | Germanique | Orientale | Américaine | Rayée |
| Taille | 13-16 mm | 25-30 mm | 35-50 mm | 10-14 mm |
| Couleur | Brun clair | Brun-noir brillant | Brun rougeâtre | Brun avec bandes claires |
| Marquage clé | 2 bandes long. pronotum | Aspect noir luisant | Motif en 8 jaune sur pronotum | 2 bandes transv. sur ailes |
| Vol | Non | Non | Oui (court) | Oui |
| Habitat | Cuisines chaudes | Caves humides | Égouts, locaux chauds | Hauteurs sèches |
| Température optimale | 28-32 °C | 18-25 °C | 25-30 °C | 27-30 °C |
| Localisation typique | Hauteur, gaines | Sol, sous-sols | Réseaux, hauteur | Plafonds, élec. |
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Ref: I8021Indices indirects : reconnaître l’espèce sans la voir
Les blattes étant nocturnes et discrètes, le diagnostic repose le plus souvent sur les indices laissés.
Oothèques
L’oothèque est la capsule d’œufs caractéristique de chaque espèce. Sa morphologie permet une identification à coup sûr.

- Germanique : 7-9 mm, brun clair, portée par la femelle, retrouvée vide après éclosion
- Orientale : 10-12 mm, brun foncé, déposée dans l’environnement
- Américaine : 8-10 mm, brun foncé, déposée et parfois collée à un substrat
- Rayée : 4-5 mm, brun jaune, déposée
Déjections

- Germanique et rayée : 1 à 2 mm, granuleuses, en grappes, similaires à du poivre moulu
- Orientale et américaine : 3 à 8 mm, cylindriques, avec stries longitudinales nettes
Odeur

Une infestation établie produit une odeur caractéristique « grasse et sucrée » due aux phéromones d’agrégation. Plus marquée chez la germanique en raison de la densité de population.
Localisation des indices
- Crottes en hauteur sur poutres et faux plafonds → américaine
- Crottes au sol près d’évacuations → orientale
- Crottes en grappes derrière l’électroménager → germanique
- Crottes au-dessus des frigos, sur appareils électroniques → rayée
Adaptation du protocole d’intervention par espèce
Blatte germanique
La résistance aux pyréthrinoïdes est largement documentée sur cette espèce. Le traitement de référence repose sur les gels appâts insecticides appliqués en micro-spots dans les zones de refuge (charnières, retours de plinthe, dessous de plans de travail, intérieur des armoires basses).
Sur sites à forte pression, alterner les substances actives entre passages pour éviter la résistance croisée
- Goliath Gel New 35g (fipronil) reste une référence pour le traitement des infestations établies
- Les pulvérisations rémanentes sur surfaces sont insuffisantes seules en raison de la résistance
- Pose de pièges à phéromones pour le monitoring entre passages
- Sur sites à forte pression, alterner les substances actives entre passages pour éviter la résistance croisée
Blatte orientale
Cette espèce vit au sol, dans des zones humides et fraîches. Le traitement combine :
- Pulvérisation rémanente des zones de passage (plinthes, autour des évacuations, sous-sols)
- Substances actives à privilégier : perméthrine et autres pyréthrinoïdes restent efficaces
- Étanchéité des évacuations et bouchage des passages depuis les égouts
- Les gels sont moins efficaces que sur la germanique : la blatte orientale est moins attirée par les amidons
Blatte américaine
Espèce mobile, présente en réseau. Le traitement nécessite une approche bâtiment + abords :
- Vigilance sur les imports : marchandises tropicales, conteneurs, palettes bois
- Pulvérisation rémanente sur les passages identifiés
- Traitement des regards d’égouts et des canalisations accessibles
- Gels appâts en complément dans les locaux techniques
Blatte rayée
Adaptation au comportement sec et en hauteur :
- Pose de gels en hauteur (au-dessus des frigos, dans les caissons d’appareils chauds, plafonds techniques)
- Pulvérisation des hauteurs (dessus d’armoires, dessous de luminaires)
- Surveillance des appareils électroniques de bureau (postes informatiques, serveurs) où l’espèce trouve refuge
Méthodes complémentaires en milieu professionnel
Quelle que soit l’espèce, le protocole gagne en efficacité avec :
- Nettoyage HACCP renforcé : élimination des sources alimentaires accessibles
- Bouchage des points d’accès : joints siliconés autour des canalisations, fermeture des gaines, calfeutrage des plinthes
- Réduction de l’humidité : essuyage systématique, ventilation, étanchéité des évacuations
- Pose systématique de pièges de monitoring : indispensables sur les sites IFS / BRC pour objectiver la pression et déclencher les interventions correctives
La gamme complète Lodi anti-blattes couvre les principales formulations utilisées en milieu professionnel : gels, pulvérisations rémanentes, poudres pour vides sanitaires et pièges.

Sécurité et réglementation
En restauration collective et IAA :
- Application uniquement par opérateurs certifiés Certibiocide
- Respect strict du paragraphe « emploi en présence de denrées » des AMM produits
- Application des gels hors zones de contact direct avec les aliments
- Documentation systématique (lot, date, opérateur, plan d’application) à conserver pour les audits